AccueilChoisir ses jumelles
ArticlesLes jumelles sont le compagnon inséparable du naturaliste. Elles permettent d’identifier l’animal trop loin pour l’oeil sans aide, d’observer lorsqu’il fait trop sombre pour nos yeux, ou d’analyser le comportement d’un animal à distance. Il est indispensable de choisir des jumelles de bonne qualité pour 2 raisons principales : des jumelles de mauvaise qualité abîment la vue, et elles se détériorent rapidement. Si de bonnes jumelles valent beaucoup plus chers, l’économie est réalisée à l’usage, car on peut garder toute sa vie des jumelles de qualité (souvent garantie 20 ou 30 ans), alors qu’il faut en général changer tous les ans, des jumelles payées un faible prix. Sans compter que l’usure des yeux est réelle et définitive avec des mauvaises optiques ! Il existe des centaines de jumelles à tous les prix, de toutes les tailles, avec des grossissements variables, et choisir n’est pas évident, sachant qu’il n’existe pas de modèle idéal. Tout dépend de ce que l’on veut observer et du prix que l’on veut mettre. Enfin, avant d’acheter, il faut comparer les jumelles en regardant en dehors du magasin avec différents modèles, la différence est parfois stupéfiante ! Cependant, on peut affirmer sans se tromper que le prix augmente en même temps que la qualité. Les jumelles qui remplissent les meilleures conditions sont de marque Zeiss, Leitz et Swarovski, malheureusement, leur prix est proportionné à leurs performances. Principe optique Il existe de 2 types de jumelles différentes : les jumelles à prismes en toit (c’est à dire que l’axe optique de l’objectif et celui de l’oculaire sont alignés) et les jumelles à prismes décalés (l’objectif est décalé par rapport à l’oculaire). Les premières sont plus compactes que les secondes, sont totalement étanches à la poussière et à l’eau et possèdent souvent une mise au point interne, plus rapide et plus précise que les mises au point classiques. Grossissement Les jumelles sont référencées sous la forme suivante : 8 X 56, 10 X 40, 7 X 50, etc...Le premier chiffre indique le grossissement obtenu, et le second, le diamètre de l’objectif, qui va déterminer la luminosité de l’optique. Des jumelles 10 X 50, grossissent 10 fois, et ont un objectif de 50 millimètres de diamètres. Il ne faut pas choisir d’emblée un fort grossissement, car à moins d’utiliser un pied ou un appui, le « bougé » dû au tremblement de la paire de jumelles augmente en fonction de grossissement, et nuit donc à la qualité de l’observation. Plus le grossissement est puissant, moins la luminosité est forte (voir ci-après) et, plus le « champ » est petit (voir ci-après). Je conseille d’utiliser un grossissement de 7 à 10 fois. Avec un grossissement de 10 fois, vous verrez un animal situé à 100 mètres comme s’il était à 10 mètres. Il existe des jumelles zoom, c’est à dire que l’on peut faire varier le grossissement, malheureusement, elles sont souvent de piètres qualité et peu lumineuses. Pupille de sortie La pupille de sortie d’une paire de jumelles est le diamètre en millimètres de l’image de l’objectif donnée par l’oculaire. Ce chiffre s’obtient en divisant le diamètre de l’objectif par le grossissement. Par exemple, des jumelles 7 X 50 auront une pupille sortie de 7 millimètres (50 divisé par 7), soit autant que des jumelles 9 X 63 (63 divisé par 7) malgré un grossissement différent (7 fois pour les premières et 9 fois pour les deuxièmes). Le diamètre maximum de la pupille de l’observateur varie en fonction de l’âge. Il est de 8 millimètres chez l’enfant, 6 à 7 millimètres pour un adulte et baisse à 5 millimètres pour les personnes de plus de 50 ans. Pour un adulte, ce diamètre varie aussi en fonction de la luminosité ambiante : il est de 3 à 4 millimètres le jour et s’élargit à 7 millimètres lorsqu’il fait sombre. Indice de luminosité Il s’obtient en portant au carré le diamètre de la pupille de sortie. Pour des jumelles 10 X 40, il est de 16 (40 : 10)². C’est un élément important à prendre en compte si l’on désire observer des animaux par faible luminosité ou même la nuit. Ainsi, les jumelles 7 X 70 ou 8 X 56 sont les plus lumineuses du marché. Avec des jumelles de ce type de bonne qualité, on peut observer des détails invisibles à l’oeil nu. La plupart des observations de mammifères se déroulant au crépuscule ou au lever du jour, il est nécessaire d’opter pour des jumelles lumineuses si l’on veut observer ces espèces. Attention, la qualité des verres utilisés, la précision du montage et le traitement multicouches qui recouvre les lentilles des jumelles et améliore le rendu des couleurs et le contraste, varie selon les marques. Ainsi des 10 X 40 d’une bonne marque sont souvent plus lumineuses que des 10 X 50 de qualité médiocre. Il est indispensable d’essayer des jumelles avant de les acheter (sauf pour des marques de haut de gamme où la qualité est connue et constante). Des distorsions d’images (les murs d’un immeuble paraissent courbes), la vision d’une image dédoublée, des reflets parasites, ou l’impossibilité de faire une mise au point nette sont des défauts rédhibitoires qui doivent faire renoncer à l’achat. Si possible, essayer les jumelles dans des conditions de luminosité défavorables (regarder dehors à la tombée de la nuit), des bonnes jumelles permettent de voir mieux qu’à l’oeil nu ! Indice crépusculaire Le diamètre de l’objectif, associé au grossissement détermine la puissance crépusculaire des jumelles. On calcule l’indice de luminosité en portant au carré le grossissement multiplié par le diamètre de la lentille de sortie. Plus le chiffre obtenu est élevé, plus les jumelles sont capables de capter des détails sur des sujets peu lumineux. Par exemple des jumelles 10 X 50 ont un indice crépusculaire de 22, alors que des jumelles 8 X 56 à priori plus lumineuses, ont un indice crépusculaire de 21, car leur grossissement est plus faible. On voit donc que les performances des jumelles ne dépendent pas uniquement du diamètre des lentilles de sortie ou du grossissement, mais bien du couple « diamètre objectif/grossissement ». Champ Il s’agit de la portion de terrain visible dans l’objectif des jumelles. Le champ se calcule, soit en degré (peu pratique), soit en mètres. Dans ce cas, on détermine la largeur de terrain que l’on voit à 1000 mètres. Le champ de vision diminue quand augmente le grossissement des jumelles, mais chaque parie de jumelle à son champ propre. Les jumelles « grand angle » ont un champ élargi, ce qui est pratique, surtout lorsque le grossissement est important, pour trouver l’animal avec les jumelles (oiseau en vol se déplaçant rapidement par exemple). Distance minimale de mise au point Il est indispensable que les jumelles permettent une mise au point rapprochée (pour identifier les passereaux à courte distance, les reptiles, les micromammifères, les papillons, les libellules, etc..). Protection Certaines jumelles sont gainées de caoutchouc, ce qui les protège des chocs, préférez cette version. Enfin, les jumelles, même d’excellentes qualités sont des instruments optiques de grande précision, maniez les avec précaution, et transportez les dans un étui rembourré pour les protéger des chocs ; à la maison rangez dans un endroit sec, à l’abri des différences de températures. Protéger surtout les lentilles, car une fine rayure n’est pas gênante, il ne faut pas abîmer le traitement multicouche dont elles sont revêtues en utilisant des produits pour les nettoyer. Un ponceau suffit à retirer les poussières (pas d’aérosols d’air comprimé, qui envoient parfois des produits chimiques en plus...), et un chiffon sans aucun produit, (ou mieux du papier pour nettoyer les lunettes ou les objectifs photos) est largement suffisant. Des jumelles de marque ne nécessitent aucun entretien ni révision si elles sont traitées avec précaution. Poids Même si ce critère ne doit pas empêcher un achat de qualité, pensez que vous aurez souvent, si votre passion se confirme, les jumelles autour du cou toute la journée, voir tout un mois en cas de voyage naturaliste ! Réglages Il faut commencer par régler une fois pour toute l’écartement des deux parties des jumelles, afin que le centre des oculaires soit en face de vos yeux (il ne faut pas coller les yeux aux oculaires), et que vous ayez une vision simple (pas d’image double). Ensuite, visez une objet à environ 50 mètres, un panneau écrit par exemple, et effectuez une mise au point nette pour votre oeil gauche (fermez l’oeil droit) avec la mollette de mise au point ; ensuite, fermez l’oeil gauche et ouvrez le droit et faites une mise au point avec le réglage de dioptrie de l’oculaire droit. Ouvrez les 2 yeux, vous pouvez observer à n’importe quelle distance en n’utilisant que la molette de mise au point centrale. Lors des sorties, on préréglera la mise au point en fonction de la distance probable d’observation. En règle générale, c’est vers l’infini que l’on effectuera ce réglage (oiseaux, mammifères), mais pour les reptiles et les petits rongeurs, on réglera la mise au point à la distance minimale, de façon à perdre le moins de temps possible à régler la netteté lorsque l’on verra l’animal recherché. Entraînements Afin de voir correctement et sans fatigue, il faut prendre l’habitude de ne pas coller les oculaires à se yeux, mais de les tenir à quelques millimètres. Il faut s’habituer à observer dans tout le champ que l’on peut voir, et non seulement au centre. L’observation d’un animal en mouvement (oiseau en vol, chevreuil au galop), nécessite un apprentissage afin de trouver l’animal dans les jumelles. Nous avons déjà vu que plus le grossissement est important, et plus le champ étroit, plus il est difficile de trouver ce que l’on veut observer. Il faut donc s’entraîner, avec des oiseaux en liberté, ou avec des avions dans le ciel ; une règle de base, ne jamais chercher avec les jumelles collées aux yeux, suivre l’animal avec ses yeux, et mettre ensuite ses jumelles devant soi. Les jumelles d’astronomie Pour observer le ciel, les astronomes utilisent des jumelles très lumineuses et ayant un grossissement très important. Malheureusement, le poids et le prix sont très importants. Citons, les 15 X 80, les 20 X 80, les 14 X 100, les 20 X 100 ou encore, les 30 X 125 ! Les monoculaires Les monoculaires sont des jumelles coupées en deux, elles sont moins pratiques pour l’observation, mais prennent moins de place. Des modèles miniaturisés tels les 8 X 21 ou 10 X 25 permettent d’avoir toujours dans sa poche un appareil permettant d’observer. Peu lumineuses, elles rendent cependant de bons services le jour, grâce surtout à leurs mises au point très rapprochées (Célestron et Tasco fabriquent des modèles de bonne qualité à prix intéressants). J’ai toujours sur moi des 8 X 21, (elles pèsent 80 grammes) qui m’ont permit d’effectuer des observations intéressantes en ville par exemple, lorsque l’on a pas avec soi des jumelles plus performantes ; de plus serrés dans la main avec un lampe de petite taille mais puissante (type Pompier F 1), elles permettent d’effectuer des observations de nuit. Les longues-vues Lorsque l’animal que l’on observe est loin, ou si on ne veut pas le déranger, il faut utiliser une longue-vue ; il existe des longues-vues aussi lumineuses que des jumelles, avec des diamètres d’objectifs de 80 mm. L’avantage par rapport à des jumelles est que l’on peut changer les oculaires, et donc varier le champ et surtout le grossissement. Comme pour les jumelles, il existe des oculaires zoom. On utilise généralement un oculaire grossissant 20 fois et un autre 40 fois. Ce dernier amplifie fortement le bougé et nécessite l’emploi d’un solide trépied ; de plus, il est malaisé, lorsque l’on n’a pas l’habitude de trouver l’animal que l’on aperçoit à l’oeil nu à cause du champ étroit. Les longues-vues de bonne qualité disposent aussi d’une mise au point interne. L’observation de oiseaux au bord de la mer ou d’un étang, des animaux en milieu ouvert ou en montagne, est le domaine privilégié de ces instruments. On peut monter un appareil photo à la place de l’oculaire, grâce à un tube d’adaptation spécial. Il existe 2 sortes de longues-vues, celles à visées droites et celles à visées coudées ; les premières permettent de trouver (et de suivre) plus facilement l’animal que l’on désire observer, mais nécessite de monter le trépied très haut pour avoir la longue-vue à hauteur de ses yeux, les secondes, ont l’axe de visée incliné à 45°, et sont plus confortable lorsque l’on a l’habitude. Certaines longues-vues sont télescopiques, et prennent donc moins de place, d’autres acceptent en accessoire des moteurs pour effectuer la mise au point. Une des plus grandes marques d’optiques de précision, Zeiss vient de construire un appareil qui présente toutes les qualités : le monoculaire 20 X 60S à stabilisateur. Cette nouvelle monoculaire est l’extrapolation de la jumelle 20 X 60 à stabilisation. Grossissant 20 fois pour un objectif de 60 mm, cette lunette de forme ergonomique, se tient d’une seule main, ce qui permet de régler la mise au point et le dispositif de stabilisation d’image. Le champ de vision est de 50 mètres à 1000 mètres, et le poids de 1200 grammes. Grâce à sa forte puissance crépusculaire, il est possible d’observer par faible luminosité, sans trépied. Le système de suspension à cardan fonctionne mécaniquement, sans aucun élément électrique et permet d’observer avec un fort grossissement sans bouger ! Le prix est à la hauteur des performances, puisqu’il avoisine 20 000 francs. Les accessoires Il est confortable d’utiliser un pied lorsque l’on utilise une longue vue ou une parie de jumelle pendant un temps assez long. On peut aussi utiliser n’importe quel appui (mur, arbre, ses genoux) pour s’appuyer. Il existe un petit trépied de poche faisant de plus usage d’étau, avec rotule et pas de vis, permettant de fixer ses jumelles partout (Kettner). On trouve aussi des systèmes pour fixer ses appareils sur la vitre de la voiture, mais il est aussi simple de poser directement son matériel sur la vitre en la baissant à la hauteur désirée. Il existe un accessoire permettant de fixer une paire de jumelle sur un pied.